Litanie voor 76 Brusselse straatdoden in 2021 / Litanie pour 76 morts de la rue à Bruxelles en 2021

Le compagnon du mort
portait chaînes et clés
et ses yeux liquides
faisaient pitié.

Le diacre semblait
endormi dans l’ouate
grise de chagrin
c’était un temps de tempête

et l’eau ruisselait
dans le cou de témoins
le mort était absent
pour l’autopsie.

Serge Meurant, 2020

En temps de pandémie
La pandémie n’a épargné personne.
Les croix manquent et le nom des morts.
Nul cortège ne les accompagne.
Hier seuls les indigents
Étaient jetés en hâte dans la fosse.
Aujourd’hui, ils sont mille et les mots manquent
pour dénoncer l’abandon d’humanité.

Serge Meurant, carnet du 1er mai 2020

Toussaint, alias Raimy 63 ans

Tu as sûrement emporté avec toi 
ton tabasco, quelques pennies et une petite bière. 
– Et maintenant, qu’allons-nous faire
de tout ce temps que sera la vie sans toi ? 

Alexandre, 23 ans

Tu avais envoyé à ta maman un mail de bonne année. 
Elle n’a pas eu l’occasion de venir  
voir ton logement. Rendez-vous manqué ?
– Ta présence dans un croisement de rayons de lumière.  

Thomas, 38 ans

Ces quatre petits vers peinent à te donner une mémoire, 
un passé, un adieu. On sait si peu de toi.  
Tu es parti au cœur de l’hiver – que ces mots  
gardent à jamais la chaleur de ta présence.  

Ewa 48

Ton nom, ton âge, et le jour et lieu de ton décès. 
C’est tout ce que l’on sait.  
La rue de la Rasière reste à jamais déshabitée de toi –  
inondée par ta lumière.  

Yassine 47

On ne sait pas comment écrire ton nom avec exactitude,  
et la date possible de ta naissance fluctue  
entre le 73 et le 78 – que ces quelques mots  
donnent à ta mémoire une avalanche pleine de vie. 

Sophie 50

Tu aimais lire, au soleil, et discuter  
avec tes voisins, surtout ceux qui avaient des animaux. 
On dirait que tu es toujours là –    
installée sur ce banc de la place Dailly.   

Pascal, 39

Tu prenais le temps de partager  
ton histoire, ton enfance,  
avec douceur et apaisement. 
– Ton sourire, ton rire, ta voix, tes poèmes. 

Yannick, 53

La spirale de tous tes chemins 
se prolonge comme une flamme.  
Tu pars – 
pour rester éternellement attendu.  

Michel, 65

Toujours prêt à donner un coup de main
avec le sourire. 
Toujours blagueur, tu aimais être entouré  
– mais tu gardes à jamais le mystère de ta vie.  

Jean-Marc, 50

sur la scène où tu chantais
tes combats, tes amours
dorment aujourd’hui pour toujours
les démons qui te hantaient

Alain, 59

ici ou là, tu ne restais pas
homme du dehors
peut-être n’avais-tu que le vent
comme seul appui

Ahmed, 44

de ta ville natale
les oranges au goût sucré
en ta mémoire peut être aussi
l’amertume de leur peau


Philippe, 69

toi l’artiste farfelu, poète de grands parcs
marcheur infatigable, aux révoltes radicales
l’as tu vu venir, l’aurais tu choisi,
ton dernier arrêt , celui d’un tram ?

Pascal, 49

tu n’étais pas si loin
tu n’étais pas tout seul
de lieu en lieu
de lien en lien

Patrick, 49

Tu rêvais de vert et de vent
souriant, généreux
Ce qu’on a dit de toi
A ton fils inconnu

Amadeo, 48

tu es parti si vite
tu as surpris le monde
il t’entend encore
chanter, raconter

Eric, 63

je me souviens
de la musique et des heures, du noir des soirs
ton caractère fort, les traits de ton visage
restent à ceux que tu aimais

Germano, 46

Niets kon jou storen. Altijd lachte jij.
De dood sloeg toe. Te vroeg. Maar je bent vrij.
We zullen je hulpvaardigheid wel missen.
Waar je ook bent, groet kalm onze stampei.

Adam, 58

Des cases blanches derrière une histoire 
ainsi donc se dresse ton miroir 
multiples reflets témoin d’une vie
c’est vers la Pologne que l’on te rapatrie 

Cédric, 33

les plus belle notes vont t’accompagner 
t’aider enfin à pouvoir cicatriser 
sur ta route semé d’obstacle 
c’est à la clinique sans soucis que tu donnes ton dernier spectacle 

Petit Daniel, 42

petit Daniel traîne ses guêtres porte de Namur
fini la crainte du froid les engelures
le ciel et ses nuages te prendront dans ses bras 
pour un confort que tu n’as pas trouvé ici bas  

Pascal, 60

c’était le moment de tirer ta dernière carte 
devant ton immeuble, tu restais de marbre 
y entrer, pas la peine, tu préfères rester devant 
continue à raconter tes histoires dans un dernier élan .

Jules, 70

les voix du seigneur sont impénétrables
même quand on habite rue de prêtres
l’existence jusqu’au bout reste un mystère 
la quête continue même dans l’au delà  

Mohamed, 65

Mohamed on se connait pas 
j’ai des mots pour t’accompagner 
des gens t’attendent ailleurs 
bras tendus dans l’éternité 


Alexandru, 64

au son de l’harmonica, tu faisais danser les pavés 
en Italie se trouve ta fille et ta moitié 
d’humeur joviale, on se rappelle de toi 
des mots,  une mélodie pour ton dernier départ

Guy, 55

Ze kenden je bij Puerto, Guy, Spaans woord
voor haven. Je mag eindelijk van boord.
Op elk gezicht kon jij een glimlach toveren.
Meer aan en weet: dit is voor mij. Dit oord.

Jean-Pierre, 66

Sourire malgré les aléas imprévisibles
rester fort même face à l’indicible
Jean Pierre, je m’inspire de tes mots 
“rester vivant, ne pas devenir des soldats de plomb”

Pullumb, 56

Pullumb l’albanais qui parlait bien français
On dit que tu étais mince
comme la vie qui fait silence sur toi
Ta vie s’est terminée à Saint-Pierre 

Muriel, 27 

Muriel, éclipse de 27 ans
Tu laisses trois enfants et des questions
Il reste quelques lignes qui te cherchent
Ta foi en guise de souvenir

Henryk, 52

Henryk je sais que je t’ai vu
Tu es probablement mort dans ma rue
Je vais aller prier pour ta tranquillité
Et l’élévation de ton âme au-dessus du bitume

Abdallah, 43

Monsieur Abdallah, votre cœur ne bat plus 
Quelques mots lancés vers votre au-delà 
Monsieur Abdallah, vos jours étaient comptés  
Pensées vers vos enfants

Stephan, 43

Stephan, de gekroonde, jij was je naam.
Een stralenkrans, een lichtlichaam
dat de zon met zijn hoofd ving
om door te geven in koude straten. Een halo. Een lichtkring.

Ayyub, 69

Ayyub inhumé au Penjab
Et au delà de tout ce qui s’appelle la terre
Tu as eu une maison en Belgique 
J’espère que tes jours y furent heureux 

Lætitia, 48

Lætitia, je regardais souvent ton visage
affiché un temps place de la monnaie
tes yeux qui fixent et le sourire en coin
cette photo de toi, je la tatoue sur nos rétines

Metin alias James, 54

Tu as choisi un surnom d’agent secret
James l’homme en costume près du Botanique
Ton corps est reparti en Turquie
La tristesse de ta perte hante nos rues 


Didier, 48

Didier tu n’étais pas solo 
Tu rassemblais des affaires pour d’autres
Qui ont transmis la triste nouvelle
On dit que tu étais un homme reconnaissant

Jean-Jacques, 80

Un jour, l’illumination est venue ;
tu étais mort depuis des années, sans le savoir.
Toi seul pouvais supporter cette fiction.
« Plus jamais », as-tu dit avec colère.

Osman, 52

Des tentacules invisibles
te serrèrent la gorge
coupant le passage de l’air,
ouvrant un temps sans lumière.

Rudy, 57

Transformant le paysage,
une brise siffle aux oreilles
et change notre regard sur le monde,
annonçant le crépuscule final.

Tarik, 41

Maintenant, quand il ne reste plus rien ;
Maintenant, dis-moi, si on a fait fausse route.
Dis-moi, aussi maintenant, quoi choisir,
quelle subtile déviation, maintenant, à la fin.

Leszek, 61

Dans de longues après-midis à la porte d’Anderlecht,
partageant conseils et sourires,
tu avais encore la force de déplacer le monde
assis sur ta chaise roulante.

Vanco, 59

Dat grote lichaam van jou: een schip. 
Met handen om in te verdrinken. 
En een glimlach als een golf –
Aangemeerd op je gezicht van eb en vloed. 

Omar, 48

Un soleil splendide,
un silence confortable.
Et tout soudainement :
la tristesse d’un jour sans toi.

Mohamed, 22

En un éclair, s’ouvrirent les veines,
jaillit le parfum de la jeunesse,
et tout ton monde s’effondra :
spectacle de l’inconstance.

Patrick, alias Pat le Gitan, 42

Comme un oiseau qui migre chaque jour,
un bluesman à la Gare Centrale
délimite un territoire de fiction,
dansant avec ses chiens chéris. 

Yves, 55

Waarom liep jij zo ver om dood te gaan?
Tot Genk? Wie was er om je bij te staan?
We weten over jou iets vaags, een nevel,
als in een zwarte nacht een zwarte zwaan.

Farid, 60

Elk mens heeft recht op wat geluk, Farid,
dat was je groot verhaal, zo klonk jouw lied.
We zien je spoor daar in de lentewolken.
Wie jou gehoord heeft, die vergeet je niet.

Florian, 34

Je rode rugzak en je stoppelbaard,
je grappen en je vriendelijke aard,
de boomgaard waar je stierf weet het heel zeker,
ze hebben onze dagen opgeklaard.

Frederic, 52

Je schreef verhalen en je leerde anderen lezen.
Je werd bedrogen, weggepest en nagewezen
omdat je homo was. Dat is voorgoed voorbij.
In ’t hemelse archief hoef jij niets meer te vrezen.

Robert, 49

Uit de Donauvlakten kwam je naar ons land.
Je bent beland hier aan de kwade kant
en tóch bleef je je medemens vertrouwen.
Dat blijft een al te zeldzaam onderpand.

Virginie, 39

Je had een dochter, ach, hoe lang geleden?
Niet lang. Je leven werd snel afgesneden.
Je hoeft niet meer te zwerven, Virginie.
Je hebt voorgoed het rijk van rust betreden.

Eugeniusz 63

Je stierf zoals je leefde.
Je stierf zolang je leefde.
Je stierf zonder te leven.  
Je stierf. 
Zomaar. 
           Geleefd. 

Lazé, alias Louisa 53

Zoals de aarde: anoniem. 
Zoals de lucht: verlaten. 
Zoals de dieren op de loop
Voor de dood in het heimelijke, holle bos.

Jiji, 40

Jij bent gestorven, Jiji, in de kring
van je familie. Dat is niet gering.
Je wist wie waakte bij je laatste uren,
voor deemstering een laatste koestering.

Axel, 65

Te worden gedragen nu
door open armen van aarde,
Meneer Inconnu  alias Axel,
altijd op reis in verhalen.

Fatima, 64

Votre terre d’Agadir avait bien trop tremblé, 
Vous l’aviez fuie puis trouvé refuge en Flandre,
vous avez fait Escale à Bruxelles, dans ses méandres
bien trop tôt, le destin vous a tricoté une paire d’ailes.

Jeno, 64

Tussen Hongarije en de Hallepoort
trok je een spoor, Jeno, heen- en- terug
naar het dorp van je zus, je laatste woord
in je eerste taal weer thuisgekomen.

Fabrizio, 44

Je deelde een dak met bomen,
een bladerdak in het Zoniënwoud.
‘s Nachts keek je op, boven het harde hout het groene lover,
dacht aan je vrouw, je kinderen, stuurde hen dromen.

George, 35

George, opeens was de lucht op.
Je haalde adem, maar je longen gaven op.
35, zo voor je tijd,
raakte jij de stad en de stad jou kwijt.

Virgil, alias Gelu, 62

Virgil, je koesterde in je laatste dagen
slechts één verlangen nog: te worden gedragen
door moederhanden in je vaderland,
in Roemeense aarde te worden begraven.

Nadege, 38

Onderweg van moederschoot naar Moeder Aarde, Nadège,
maakte jij een mens, een meisje.
Ze is negen nu en draagt het gemis
van een moeder die bij haar oermoeder is.

Huseyin, alias Espe, 73

Jong voor je dagen, je gezicht
een venster waarin het leven weerkaatste, zon in je blik,
je hart naar het Oosten gericht,
Huseyin, welterusten.

Francis, alias Franck, 34

Opdracht. Als een zieke (die niet meer zoekt)
Je lijf languit te rusten leggen.
Daarna aanlengen in aarde.
En je adem? Donker. Dof. Dalend. 


Marc, 54

l’année 68 fut aussi celle de ton bouleversement:
ton arrivée sur terre pour lire, dire, dessiner, peindre
Esthète sensible et maître de Blutch, ton chien-copain
les larmes de tes amis imbibent l’histoire de ta mémoire 

Michel, 67

Michel, tu as dit, à l’UNESCO et à des milliers de gens, de bas en haut,
la misère est violence, il faut rompre le silence et chercher la paix, 
Bernadette et toi avez répété ces mots et vécu mille mauvais lots,
Votre fille et tous tes enfants de cœur ont reçu mille ans de ta générosité.

Nicolae, 56

Oh Oh Nicolae, les étoiles sans frontières
allument leurs éternelles lumières
Et un foyer pour Lessie,
Et un brasier pour te réchauffer

Slawomir, 47

Je lag te sterven tussen steden –
Tussen stampij en ander leven
Dat maar niet zag hoe je verdween
In dat ene grote, in dat ene anekdotisch doods verleden.

Ahmed, 37

D’une Côte d’Ivoire à une gare du midi, 
suds conjugués, tu as marché longtemps,
Ton patronyme signifie éléphant
force de la nature et de la mémoire infinie.

Serge, alias Gunthy, 55

Une force tranquille bordée d’un sourire
Gunthy, tant de fois tu as refait le monde
ta curiosité égale sans doute à ta jovialité
tes proches, au loin, percevront tes bonnes ondes.

Alain, alias le Nomade, 75

Un ami t’a nommé @lain le NO-made,
fier nomade, un mythe errant,
anti-système, responsable de toi-même, 
ton esprit et ton café fort manqueront.

Valeriu, alias Mario, 58

Je groeide op
In de schaduw van je naam. 
Waar je als een vrucht
(Als een cyste, een kanker) ontbonden lag te barsten. 

Mohamed, 26

Ton corps tué au commissariat rue Royale, rapatrié vers l’Algérie
Terre que tu avais quittée pour l’Eldorado, grand mensonge d’ici
Ton ami Hicham et toi, sans papiers criminalisés, jamais plus anonymes,
Ton deuxième prénom te destine au paradis, amine Mohamed Amine.

Florentina, 46

Florentina, cinq années de Bruxelles, 
avec Adriana, une amitié si belle,
vos trois enfants restés en Roumanie;
Emportez donc nos millions d’mercis

Grzegorz, 37

Grzegorz parmi les anonymes
La rue t’a avalé 
Tes amis t’ont dit adieu
Tu reposes en Pologne auprès de ta famille 

Jaroslaw, alias Mrówa, 45

Blaf naar de einder, mijn hond –
Zoals ik niet meer kan. 
Mijn mond heeft een nieuwe meester. 
En spreekt onbekende bevelen. 

Ion, 40

derrière la tempête, moment de clarté
dernière marche funèbre, liberté 
corbeaux aux milles couleurs 
cicatrices les vives douleurs. 


Litanie écrite par le Collectif des poètes bruxellois
et lue à la librairie des Météores (rue Haute) le 12 mai par Aliette Griz & Geert van Istendael
et durant la cérémonie du 25 mai à l’hôtel de ville de Bruxelles par Lotte Dodion & Milady Renoir.

La rue, recueil de poèmes de Serge Meurant et tant de traces vivaces

Le recueil La rue est disponible ici.

Serge Meurant est décédé

serge meurant portrait

Né à Ixelles le 8 février 1946, Serge Meurant est le fils du poète et folkloriste René Meurant et de l’illustratrice Elisabeth Ivanovsky. Ainé de trois enfants, il décrivait lui-même son enfance comme « heureuse », passée dans “un milieu intellectuellement privilégié” . Il a pratiqué la poésie dès l’adolescence. Auteur de nombreux recueils, il professait une foi indéfectible en le pouvoir du verbe poétique :

La poésie constitue ma colonne vertébrale. Elle est mon souffle et ma raison d’exister. Je n’ai jamais douté fondamentalement de son efficacité à traduire les événements qui ont marqué mon existence et le « monde abîmé » qui est le nôtre.

Son oeuvre poétique s’est par ailleurs développée dans le compagnonnage des arts visuels, en collaboration avec des peintres, des sculpteurs, graveurs, photographes ou cinéastes.

L’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique lui a décerné le prix Jean Kobs en 2006 pour son recueil Ici-bas, paru aux éditions du Cormier. La même Académie a retenu son dernier recueil, Empreintes, parmi les cinq finalistes de son prix de Poésie 2021.

Le cinéma, et particulièrement le documentaire, a été un pan important de son travail. Scénariste de plusieurs films, Serge Meurant a aussi été directeur artistique du festival Filmer à tout prix. Il était également critique, pour Cinergie notamment. Très récemment, son action en faveur du documentaire lui a valu le récent prix « Les âmes soeurs » de la Sacd-Scam.

Bibliographie partielle de Serge Meurant

Fleurs de funérailles

À l’invitation du Poète national Carl Norac, Serge Meurant avait été en 2020 l’un des poètes participant aux « Fleurs de funérailles » : des poèmes écrits pour honorer les défunts lorsque la crise sanitaire restreignait la présence des proches aux cérémonies funéraires.

Le poème qu’il avait composé alors :

Serge Meurant lit un extrait de Récit de la faim pour SonaLitté

Litanie hommage à Serge Meurant


Litanie pour Serge Meurant

Tu es là – où une voix creuse 

des racines pour de nouveaux horizons  

– où les mots retrouvent en fin leur matière 

et prennent le poids que la terre les avait réservé.  

Pluies de mots, sous ton stylo

Les nuages écrivaient tes maux

À pleine joie, à pleine voix

Ton encre, ta voie, je te revoie devant moi…


Nous parlons du passé, de ta mère, de mon père

d’une lointaine Chisinau, nous marchons dans l’avenue

pour voir le bus venir avec nos poèmes dans les bras.

Et attendre, encore, le prochain café promis, sans ta voix.

Tu as pris le train de l’éternité    

avec un trop plein de pureté    

Sois en paix, car à présent    

tu es somptueusement vivant    

’t Was in je laatste kamer. We lazen een gedicht.
Iets kleins. We keken elkaar aan, gelijkgericht.
Je glimlachte zoals je altijd had geglimlacht.
Het heeft wellicht je laatste schemering verlicht.

Tu es d’un autre temps

Un murmure dans le creux de la tempe

Sensibilité à fleur de peau

Élan poétique pour les morts et les vivants.


Arrachée d’une vie déposée en encres tu t’en es allée, douceur de nature sculptrice,

douceur prolongée depuis longtemps hors-monde, poursuite de formes jamais cessée

jusqu’à l’atterrissement de ta flèche, persévérance amère parfois jusqu’à

l’extrême choyée, survie grâce à ton monologue : tu persisteras


la mort, au-delà des mots

ceux que parfois, comme moi, tu disais trop

aujourd’hui, ces bribes d’après

pour tes proches… en ton silence


Serge poète est mort en décembre 2021,

la mort d’un poète, d’une poétesse, ben,

c’est con, c’est tragique, ça sert à rien

la prochaine fois, plutôt un politicien.


haperend met zachte stem sprak hij twijfelend

alsof hij zijn mooie moedertaal zou kwetsen

hij droeg zijn fijne tengere gedichten voor die

hij als een spinrag om ons heen wentelde


De l’autre côté, disent-ils, il n’y a rien ;

mais, dans ce côté-ci, tu le sais,

ton sourire espiègle reste celui d’une fée,

chaque jour plus présent dans la mémoire.


faiseur d’empreintes & d’images d’inconnaissance

accueil de lumière dans l’immobilité

à Tenbosch            dans ton labyrinthe brisé

“la petite fille”   —  ces         derniers mots


Ik kwam in de buurt van Serge toen ik vernam

Dat hij uitgeschreven was en in het ziekenhuis

Zijn toevlucht nam tot Chinese inkt. Ik genoot

Van zijn expositie in galerie Odradek in augustus


2021. Op zijn uitvaart kon je op zijn doodskist

Schrijven. Woorden die hem zouden begeleiden

Op zijn tocht door het vuur. Leven en dood

Dezelfde ruimte, Serge, waar je je nu ophoudt.


– Ramón Neto, Manza, Silvia Vainberg, Taha Adnan, Geert van Istendael, Maky, Elke de Rijcke, Anne Penders, Milady Renoir, Frank de Crits, Xavier Queipo, Adolfo Barberá & Bart Vonck, pour le Collectif de poètes bruxellois / Brussels Dichterscollectief.

Litanie voor 70 Brusselse straatdoden in 2020 / Litanie pour 70 morts de la rue à Bruxelles en 2020

FR

Chaque année, des dizaines d’hommes et de femmes meurent des conséquences de la vie dans les rues de Bruxelles. Le Collectif Morts de la rue Bruxelles les commémore au cours d’une cérémonie annuelle à l’Hôtel de ville, qui se termine par une “Litanie pour les Morts de la rue” rédigée par le Collectif de poètes bruxellois.

Malheureusement, en raison du coronavirus, l’événement de cette année n’a pu avoir lieu en public. Une minute de silence a donc été observée le 5 mai 2021 à 11 heures. En outre, 70 objets symboliques ont été attachés à l’arbre des Morts de la Rue sur la place Albertine, près de la Gare Centrale, où l’on peut trouver plusieurs témoignages écrits et enregistrés.

Sur le site de Passa Porta, vous pouvez lire la nouvelle Litanie, écrite cette fois-ci par les poètes Aliette Griz, Frank De Crits, Maarten Goethals, Maky, Geert van Istendael, Manza, Serge Meurant, Ramón Neto, Anne Penders, Xavier Queipo et Milady Renoir.

NL

Ieder jaar opnieuw overlijden tientallen mensen aan de gevolgen van het leven in de straten van Brussel. Het Collectief Straatdoden Brussel herdenkt hen jaarlijks tijdens een publieke ceremonie in het stadhuis, die wordt afgesloten met een ‘Litanie voor de Brusselse straatdoden’ van het Brussels Dichterscollectief.

Vanwege de coronacrisis kon de herdenking van de overledenen uit 2020 ook dit jaar niet doorgaan met publiek. Op 5 mei 2021 om 11u werd daarom een minuut stilte gehouden. Ook werden 70 symbolische voorwerpen bevestigd aan de boom van de Straatdoden op het Albertinaplein, waar verschillende getuigenissen van vrienden en familieleden worden verzameld.

Op de website van Passa Porta lees je de nieuwe Litanie, ditmaal met bijdragen van Aliette Griz, Frank De Crits, Maarten Goethals, Maky, Geert van Istendael, Manza, Serge Meurant, Ramón Neto, Anne Penders, Xavier Queipo en Milady Renoir.

Litanie voor 62 Brusselse straatdoden / Litanie pour 62 morts de la rue bruxellois

Huit membres du Collectif de poètes bruxellois ont contribué à la nouvelle Litanie pour les morts de la rue bruxellois en 2019, lue par Milady Renoir et Maarten Goethals et enregistrée à la Maison des littératures Passa Porta le 21 octobre 2020.

Acht leden van het Brussels Dichterscollectief schreven samen de nieuwe Litanie voor de Brusselse straatdoden van 2019, die werd voorgelezen door Milady Renoir en Maarten Goethals, en opgenomen in literatuurhuis Passa Porta op 21 oktober 2020.

Textes de / Teksten van Taha Adnan, Frank De Crits, Maarten Goethals, Serge Meurant, Ramón Neto, Anne Penders, Xavier Queipo & Milady Renoir.

Merci à Bart Vonck pour sa traduction des vers du poète galicien-bruxellois Xavier Queipo. Dank aan Bart Vonck voor zijn vertaling van de verzen van de Galicisch-Brusselse dichter Xavier Queipo.
Coördination/Coördinatie: Piet Joostens